Le tourisme durable gagne du terrain dans les grandes villes françaises

Les émissions de gaz à effet de serre liées au tourisme en France représenteraient 11,2 % des émissions totales du pays, selon un rapport de l’Ademe publié en 2021. Ce chiffre place le secteur touristique au rang des contributeurs majeurs au bilan carbone national. Dans les grandes métropoles françaises, la question du tourisme durable ne se limite plus à la promotion d’une image verte.

Elle touche à la régulation des flux, à la cohabitation avec les habitants et à la transformation concrète des infrastructures d’accueil.

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Tourisme durable en ville : ce que cachent les labels et outils de pilotage

Plusieurs métropoles françaises s’appuient désormais sur des dispositifs structurés pour mesurer et orienter leur transition. Le GDS-Index (Global Destination Sustainability Index), les schémas métropolitains du tourisme durable ou encore le label Grand Site de France servent de cadre. Lyon, par exemple, a obtenu une reconnaissance internationale en tant que destination touristique durable grâce à l’action d’ONLYLYON Tourisme et Congrès.

Ces outils ont un mérite : ils imposent des indicateurs. Fréquentation, part modale des transports doux, taux de retombées économiques locales. En revanche, la question de leur portée réelle reste ouverte. Un label atteste d’une démarche engagée, pas nécessairement d’un résultat mesurable sur les émissions ou la qualité de vie des riverains.

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Le plan Destination France, lancé en 2021 et doté de 1,9 milliard d’euros sur trois ans, affiche l’ambition de faire de la France la première destination touristique durable à horizon 2030. Les données disponibles ne permettent pas encore d’évaluer l’effet de ce plan sur les pratiques réelles dans les centres-villes.

Groupe de visiteurs participant à une visite écotouristique guidée au bord de la Seine à Paris

Surtourisme et cadre de vie : la tension entre attractivité et habitabilité des centres-villes

La montée en puissance du tourisme durable dans les métropoles françaises coïncide avec un phénomène inverse : la saturation de certains quartiers centraux. Plusieurs territoires urbains intègrent désormais la question du surtourisme et des usages locaux dans leurs stratégies, au-delà du simple marketing de destination.

Le problème dépasse la gestion des flux piétons ou la propreté des rues. La pression touristique sur le parc immobilier, via les locations meublées de courte durée, modifie la composition sociale des centres-villes. Les loyers augmentent, les commerces de proximité cèdent la place à des enseignes tournées vers les visiteurs, et les habitants finissent par quitter les quartiers les plus fréquentés.

Cette dynamique pose une contradiction directe avec les objectifs du tourisme durable, qui intègre une dimension sociale. Le développement du secteur ne doit pas se faire au détriment de la population locale.

Certaines villes européennes ont expérimenté des taxes dissuasives ou des quotas de nuitées. En France, les dispositifs d’encadrement des meublés touristiques restent hétérogènes d’une commune à l’autre.

Des leviers qui ne règlent pas tout

Limiter le nombre de locations touristiques en centre-ville, favoriser les hébergements labellisés, réorienter les flux vers des quartiers périphériques : ces pistes sont fréquemment citées. Leur mise en œuvre se heurte à des arbitrages politiques et économiques difficiles. La régulation du tourisme urbain touche aux recettes fiscales, à l’emploi local et aux libertés économiques des propriétaires.

La loi NOTRe a transféré aux métropoles la compétence en matière de promotion et d’animation touristique. Ce transfert suppose une coordination entre échelons territoriaux, mais il ne s’accompagne pas toujours des moyens d’ingénierie nécessaires pour arbitrer entre développement touristique et préservation du cadre de vie.

Revitalisation patrimoniale et tourisme de proximité : un modèle alternatif pour les métropoles

Plutôt qu’une logique de fréquentation de masse, plusieurs projets urbains combinent activité touristique, mise en valeur du patrimoine et création d’écosystèmes locaux. L’idée : transformer le tourisme en levier de revitalisation plutôt qu’en facteur de dégradation.

Lyon illustre cette approche avec le développement d’un tourisme de proximité, accessible et inclusif, destiné autant aux habitants qu’aux visiteurs extérieurs. La métropole lyonnaise mise sur les pratiques récréatives de proximité et la valorisation des ressources patrimoniales existantes, en évitant la création d’infrastructures lourdes dédiées exclusivement aux touristes.

  • Les circuits courts culturels (visites de quartiers vivants, ateliers d’artisans locaux) génèrent des retombées économiques directes pour les acteurs du territoire, sans nécessiter d’investissements massifs.
  • Le développement des mobilités douces (vélo, marche, transports en commun) réduit l’empreinte carbone des déplacements touristiques et profite aussi aux résidents.
  • La promotion du slow tourisme en milieu urbain, avec des séjours plus longs et moins concentrés, atténue les pics de fréquentation qui dégradent la qualité de vie.

Ce modèle suppose un changement de métrique : mesurer la qualité de l’expérience et les retombées locales plutôt que le volume de visiteurs. Passer du comptage de nuitées à l’évaluation de l’impact territorial reste un défi méthodologique pour la plupart des offices de tourisme.

Jeune homme explorant un marché artisanal zéro déchet dans un hall industriel rénové à Lyon

Transition écologique du secteur touristique : les acteurs professionnels face à leurs contradictions

Les professionnels du tourisme urbain affichent de plus en plus d’engagements en matière de responsabilité environnementale et sociale. La transition écologique du secteur touristique passe par des choix concrets : rénovation énergétique des hébergements, approvisionnement local dans la restauration, réduction des déchets liés à l’événementiel.

Les entreprises du secteur font face à un double impératif. D’un côté, la demande des voyageurs pour des offres responsables progresse. De l’autre, les marges du secteur, fragilisées par les crises successives, limitent la capacité d’investissement. La durabilité a un coût que tous les acteurs ne peuvent pas absorber au même rythme.

Les collectivités disposent d’un levier via les appels à projets et les financements européens. L’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires) met en lumière des projets financés par l’Europe qui intègrent la dimension durable du tourisme. À l’inverse, les petits opérateurs indépendants, hôteliers ou guides, n’ont pas toujours accès à ces dispositifs.

Le tourisme durable dans les grandes villes françaises avance sur un terrain mouvant. Les outils existent, les stratégies se structurent, mais la conciliation entre attractivité touristique, transition environnementale et préservation du quotidien des habitants reste un exercice dont les résultats concrets demandent encore plusieurs années d’observation.